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Post-doctorante International : Bleuenn Guilloux

Bonjour Bleuenn, peux-tu nous résumer ton parcours avant d’arriver en Postdoc à l’IUEM ?

J’ai une formation supérieure générale en droit (Maîtrise de droit public- université de Rennes). Curieuse et passionnée par l’environnement marin et les sciences océaniques, je me suis tôt intéressée au droit maritime et au droit de la mer. J’ai passé une année Erasmus outre-Manche à l’université de Cardiff où j’ai rédigé un mémoire en droit maritime sur les pavillons de complaisance et la réponse européenne, pour ensuite rejoindre Nantes (M1) et le Master de Droit maritime et océanique (M2) où j’ai préparé un mémoire en droit de la mer sur le droit international de la recherche scientifique marine.

J’ai ensuite suspendu mes études durant plusieurs années pour des motifs personnels. Durant cette période (2004-2010), j’ai travaillé comme assistante de justice auprès de la chambre de droit de l’urbanisme et de l’environnement de la cour administrative d’appel de Nantes (2005-2007) et j’ai rejoint les initiatives Corail pour le Pacifique (CRISP) où j’ai travaillé au sein de la composante 2-C sur la valorisation des substances actives marines dirigée par Cécile Debitus (directrice de recherche à l’IRD) (2005-2009).

Dans le cadre de cette composante, nous avons, avec le professeur de droit Jean-Pierre Beurier (Université de Nantes) et ma collègue de M2 Karolina Zakovska, été missionnés pour conseiller humblement les gouvernements de trois États insulaires du Pacifique, les Îles Fidji, Vanuatu et Salomon, en vue de l’amélioration de leur droit interne sur la biodiversité marine et en particulier, en matière de bioprospection marine.

Forte de rencontres multi-culturelles et interdisciplinaires inoubliables et de formations complémentaires en sciences du vivant (UPMC-CNRS, MNHN et IFREMER), j’ai rédigé une thèse de droit sur les ressources génétiques marines, la Recherche & Développement et le droit sous la direction de Jean-Pierre Beurier à l’université de Nantes, thèse soutenue fin 2015 (celle-ci a été récompensée par le prix Mariani/Aguirre-Basualdo 2016 en droit de la mer de la Chancellerie des universités de Paris-Sorbonne).

Le premier tome a été publié chez ISTE/WILEY en version bilingue en 2018, le second tome est prévu pour 2022 après la fin des négociations sur la biodiversité des zones ne relevant pas de la juridiction nationale). Entre 2013 et 2014, à l’université de Nantes et en 2016-2017, à l’UBO, j’ai aussi été attachée temporaire d’enseignement et de recherche (ATER) et de dispensé des TD à des étudiants de L1 à M1 ( droit administratif, droit constitutionnel, droit européen de l’environnement) auprès desquels j’ai beaucoup appris.

C’est à cette époque que j’ai rencontré Françoise Gaill (directrice de recherche émérite au CNRS) qui m’a beaucoup soutenue et que j’ai commencé à collaborer avec la plateforme Océan-Climat au sein du groupe Youth for Ocean (YO!). Ce groupe de jeunes scientifiques interdisciplinaire et international cherchaient à promouvoir les liens entre changement climatique, océan et société, comme lors de la COP 22 sur le climat qui s’est tenue à Marrakech en novembre 2016.

Avant d’arriver en post-doc à l’IUEM début 2020, j’ai passé deux ans (2017-2019) à Kiel en Allemagne du nord (Land Schleswig-Holstein) où j’ai fait un premier post-doc sur les interactions entre les systèmes et régimes de l’océan et du climat, financé par le Cluster of Excellence Future Ocean, affiliée à l’Institut Walther Schücking de droit international. Germanophile de longue date, cette découverte de la culture scientifique allemande tournée vers la transdisciplinarité m’a beaucoup apporté en termes de méthode de travail et de collaboration internationale notamment.

Comment as-tu entendu parler du Postdoc International ISblue ?

L’un de mes deux superviseurs actuels, Denis Bailly (MCF en économie- enseignant-chercheur à l’UBO-AMURE, m’a conseillé de postuler au Post-doc international ISblue et ainsi, rejoindre l’équipe OUI (Ocean University Initiative pour travailler sur le gouvernance internationale de l’océan, de la biodiversité et du climat.

Quel était ton sujet de Postdoc initial ?

Mon sujet initial de post-doc (2020-2022) porte sur les interactions entre les régimes de l’océan, du climat et de la biodiversité au-delà des limites de la juridiction nationale : un enjeu de soutenabilité de la gouvernance de l’environnement. L’expression « interactions de régimes », issue des relations internationales, renvoie aux interrelations entre les ensembles de normes, de procédures de prise de décision et d’organisations gravitant autour de domaines fonctionnels tels que l’océan, la biodiversité et le climat.

L’expression « au delà des limites de la juridiction nationale » fait quant à elle référence aux espaces marins hors de l’emprise exclusive des États, en particulier la haute mer, à propos desquels se déroulent actuellement des négociations internationales sous l’égide des Nations unies d’un traité se rapportant à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer et portant sur la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine (Accord BBNJ: https://www.un.org/bbnj/fr).

Sur le fondement des meilleures connaissances scientifiques disponibles, ce future traité, bien qu’ayant pour objet la biodiversité marine incommensurable et largement inconnue des espaces internationaux, ne devrait pas en principe faire fi des fortes interactions socio-écologiques entre le système océanique et le système climatique au sein de la biosphère.

La « Real politik » et le droit international essentiellement fragmenté laissent présager concrètement une réalité juridique différente. Mon projet de postdoc se propose, selon une méthode inter voire transdisciplinaire, de confronter l’approche scientifique socio-écologique à l’approche fragmentée de la gouvernance internationale de l’environnement pour identifier les biais d’interactions juridiques et institutionnels possibles.

A cause de la pandémie, tu as dû réorienter ton projet, peux-tu nous en dire plus ?

Pour nourrir pratiquement mes recherches, je devais assister en mars 2020 à la quatrième conférence intergouvernementale sur le futur accord BBNJ et de la sorte, observer les interactions entre acteurs de la gouvernance de la biodiversité en haute mer; or cette conférence a été reportée sine die à cause de la pandémie de la Covid-19. Elle devrait se tenir à la fin de l’été prochain à quelques mois de la fin de mon post-doc.

De même, j’ai obtenu en 2020 une bourse thématique des Nations unies et de la Nippon fondation sur la mise en œuvre du l’agenda 2030 pour le développement durable via la convention des Nations unies sur le droit de la mer et la gouvernance de l’océan (https://www.un.org/oceancapacity/content/unnf-thematic-fellowship).

Cette bourse s’adresse en priorité à des professionnels de l’océan de pays dit en développement travaillant pour des instances gouvernementales aux fins de développement soutenable et de renforcement des capacités. Elle suppose une formation théorique et pratique de quatre mois à la division des affaires maritimes et du droit de la mer au siège des Nations unies à New York (https://www.un.org/Depts/los/doalos_activities/about_doalos.htm) qui a aussi été reportée sine die.

Intégrant ces contingences liées à la pandémie de la Covid-19, j’ai finalisé des publications interdisciplinaires sur les interactions entre la gouvernance de l’océan et du climat débutées lors de mon premier post-doc dans le cadre du projet européen Oceangov : l’une sur l’acidification des océans comme enjeu de gouvernance en Méditerranée ; l’autre sur les dimensions traditionnelles des activités minières sous-marines dans le Pacifique. J’ai également poursuivi ma collaboration avec les chercheurs de la Deep Ocean Stewardship Initiative (DOSI) avec lesquels j’ai mené une analyse interdisciplinaire du dialogue sur l’océan et le changement climatique qui a eu lieu en décembre 2020 dans le cadre de la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

Notre objectif était d’examiner comment les acteurs étatiques et non étatiques peuvent renforcer mutuellement les mesures d’adaptation et d’atténuation en se fondant sur l’océan, le principal puits et réservoir de gaz à effet de serre (https://unfccc.int/event/ocean-and-climate-change-dialogue-to-consider-how-to-strengthen-adaptation-and-mitigation-action).

J’ai par ailleurs entamé des recherches avec ma collègue Fanny Châles sur les contributions nationales déterminées des petits pays insulaires du Pacifique en application de l’accord de Paris sur le climat. Je contribue aussi, entre autres, à la conception d’un jeu sérieux Blue DiplomaSea sur la gouvernance de la biodiversité de la haute mer, projet innovant mené par mes collègues de OUI, Charline Guillou et Jöelle Richard.

Enfin, je participe avec des collègues disséminés aux quatre coins du monde à la #VirtualBlueDecade, plateforme d’échange et de diffusion alternative (les technologies de l’information et de la communication comme alternative aux trop nombreux rassemblements scientifiques en personne émetteurs de gaz à effet de serre) qui rassemble, de manière inclusive et ouverte, les communautés océan, biodiversité et changement climatique.

Je profite de cet entretien pour remercier sincèrement mes collègues de OUI/AMURE/ISblue (en particulier, Annie, Denis, Charline, Joëlle et Louise de la dreamteam OUI), mes collègues américaines de DOSI (l’équipe avec laquelle je travaille sous la direction de Lisa Levin est 100 % féminine) et mes collègues d’outre Rhin grâce auxquels je reste motivée et enthousiaste au présent et pour l’avenir.

5. Peux-tu nous décrire ton travail au quotidien ?

Mon télétravail au quotidien est ponctué de recherches juridiques et extra-juridiques, de rédaction de publications scientifiques en anglais ou français (activité intellectuelle la plus réjouissante) et d’e-mails (activité bien moins réjouissante et chronophage à l’ère de l’hyper-communication), de réunions, de communications ou de cours en ligne (trop à mon avis pour libérer suffisamment de plages de travail en profondeur), aux heures de Paris, de New York ou de Los Angeles, sans oublier des marches réflexives au bord de mer à Plougonvelin.

Comme la formation en personne à la division des affaires maritimes et du droit de la mer a été reportée, les Nations unies et la Nippon Fondation proposent aux boursiers des certifications et des webinaires. J’ai ainsi passé une certification en droit de la mer l’hiver dernier avec cours du soir et dissertations hebdomadaires et je participe actuellement à une série de webinaires sur les sciences océaniques, à l’occasion de l’ouverture de la décennie de l’UNESCO sur les sciences marines au service du développement durable.

6. Comment envisages-tu la suite de ta carrière à la fin de ton Postdoc ?

A la fin de mon post-doc, j’envisage de quitter le secteur de la recherche académique où les postes permanents sont rares, en France du moins, pour les chercheurs en droit ayant choisi la voie de l’interdisciplinarité.

Je souhaiterais travailler dans le domaine opérationnel, soit pour des organisations internationales, soit aux échelons français, bretons ou européens afin de me sentir davantage utile pour la société et l’action environnementale. J’envisage plus douloureusement de tirer un trait sur un métier en lien avec le milieu marin.

Optimiste anxieuse, je réfléchis déjà aux possibles et en particulier à la possibilité de me former au droit de la recherche et innovation dans le prolongement mes travaux de thèse sur les ressources génétiques marines pour travailler dans le domaine de la valorisation de la recherche marine ou de la coopération scientifique et technologique internationale.

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